Stage éléphants – Thaïlande Janvier 2020

A l’heure du bilan, à l’heure où je me pose pour intégrer l’expérience, où je prends du recul et où je revisite l’aventure qui m’a transporté 2 semaines plus tôt, je comprends que je ne peux faire de dissociation entre ce que j’ai vécu avec les éléphants, ce que j’ai vécu pendant le stage avec le groupe et Isabelle Calkins et ce que j’ai vécu au contact de la Thaïlande.

Pourtant, c’est par les éléphants que je commence …

Je ne peux parler de l’expérience du stage telle que l’ont expérimentée les 10 participants car je l’ai appréhendée différemment. Isabelle m’avait prévenu qu’en l’assistant, j’allais vivre les choses sous un autre angle.

Le 1er contact s’est fait à 7h du matin. Alors que je récupérais d’une arrivée tardive à l’hôtel et d’une longue journée de transport (12h d’avion suivies de 4h30 de navette), j’ai été réveillé en grande pompe par des barrissements d’éléphants qui venaient de « je ne sais où ». J’ai surgi du lit, sauté sur mon appareil photo, enfilé un short et, ni une ni deux, j’étais sur la terrasse du resort.
Je n’étais pas devant un film ni devant un documentaire, j’étais là, me laissant transpercer de des sons qui vibraient jusque dans le plus profond de mon corps. Moment magique qui me reconnectait au saisissant contraste du silence des baleines au large de Tadoussac et à l’intensité de chacun de ces moments. J’étais là, calme, tranquille, seul au monde à contempler et ressentir ce spectacle.

Cette matinée-là m’a vu partir au contact de Jumbo dans le camp tenu par Jude, une australienne qui œuvre pour la réhabilitation et le bien-être des éléphants. « Tout n’est pas parfait » dit-elle, « mais les choses vont de mieux en mieux, on fait notre possible pour que ces animaux maltraités dans le passé aient une vie plus douce et plus saine ». Ici, pas de lourde nacelle sur le dos des éléphants ; ici les mahouts (qui guident et soignent les éléphants) ont été remplacés au profit d’hommes plus respectueux envers ces animaux.
Jumbo, 78 ans, quelques 4 tonnes, est le mâle que j’allais monter 10’ après avoir fait sa connaissance.
Prise de contact timide, j’observe Isabelle pour voir comment elle s’y prend et pour voir comment l’appréhender dans le plus grand respect et la plus grande humilité.
J’avais là mon 1er enseignement de lâcher prise que j’allais vivre durant ces 6 jours à leur contact : Sentir qu’il n’y avait plus rien de stable sous mes pieds, que je ne maîtrisais plus rien et que j’avais à faire confiance à l’animal, que j’avais à trouver ma propre stabilité dans la souplesse de mes hanches, de ma colonne vertébrale et de mes épaules. Je me reliais à mes pratiques du tai chi et du qi gong pour me laisser osciller sur un axe qui changeait en permanence. Souple tout en étant attentif aux mouvements de l’éléphant, il m’est arrivé une ou deux fois de ne pas me sentir fier … autrement dit, j’ai flippé une ou 2 fois.
Et puis, il y a eu la rivière, cet instant où la loi d’attraction s’efface au profit d’une apesanteur qui me fait oublier la taille et le poids de Jumbo. Je le frotte à la brosse, je joue avec lui et je me retrouve face à lui pour un chemin retour où je ne fais plus qu’un avec l’éléphant.

Les jours suivants, me conduiront dans le camp où les éléphants se trouvent en quasi liberté.
Les côtoyer, les rencontrer chaque jour. Se plonger dans leur regard chaque jour. Les accompagner, être accompagné chaque jour. Les photographier, leur parler à l’oreille chaque jour …
Forts, sensibles, enjoués, joueurs, lourds, souples, expressifs, morfales (500 kg de nourriture par jour) … ils me ramènent à l’instant présent. Je ne sais pas quelles traces ils gardent de leurs souffrances passées. Ils sont là, vivants.
Nos dialogues ne sont que quelques sons ; nos échanges : simples, épurés … Ils sont là à me montrer ce qu’est la pleine présence, ce qu’est la présence de l’instant, la plénitude de l’instant. A leur contact, j’ai envie de ralentir, de me défausser des mots inutiles, de me désencombrer de ce qui ne m’est plus essentiel … de retrouver la simplicité …

De là, me revient qques mots extraits de Les 13 mères originelles :
« Les animaux viennent nous montrer la voie pour redécouvrir le caractère sacré d’être un humain ».

Au delà des éléphants

Cette expérience, j’aurais pu la vivre avec des dauphins en mer rouge ou avec des chevaux en Ariège. Mais c’était en Thaïlande, avec les éléphants. En Thaïlande, au contact de ces visages aux sourires enjoués, au contact de ces temples et statues de Bouddha qui nous rappelle l’impermanence des choses et la joie d’être vivant, au contact de cette nature verdoyante et abondante …

J’étais là, dans un rôle d’observateur et de soutien pour le groupe. J’étais là, en tant qu’assistant à animer des pratiques d’EFT, d’énergétique, de méditation pour compléter les enseignements et messages d’Isabelle. Etre dans cette posture intermédiaire d’assistant m’enlevait la responsabilité du groupe et, en même temps, me demandait de lâcher prise sur la manière de mener le groupe. Cela m’a été d’un enseignement riche et dense.

Je n’ai pas saisi dans ces moments-là ce qui se jouait, ce qui se transformait en moi. Je sentais bien que je recevais des invitations à laisser sur place quelques poids qui m’étaient devenus inutiles. Le déclic est venu d’une participante qui m’a fait un cadeau pour ce que je lui avais apporté pendant le stage … C’est à dire ? « Tu m’as montré ce qu’est un ancrage léger« . Oh, wouaw, j’ai accueilli ce terme avec plaisir et humilité tout en comprenant qu’il correspondait à ce que j’avais envie d’être et de transmettre : « Etre ancré, fidèle à mes valeurs et aux messages que je défends, tout en gardant l’âme légère et enthousiaste« .

C’est à mon retour en France, qui étrangement s’est très bien passé, que les choses se sont placées en moi. Les invitations que j’avais reçues en Thaïlande se manifestaient naturellement, sans effort : Ces 2 semaines m’avaient demandé de ralentir le rythme, de rester dans une énergie saine (pour moi et pour les autres). Etre capable d’accélérer le pas quand c’est nécessaire tout en gardant l’esprit détendu. Lâcher les attentes, ne plus chercher à convaincre, ne plus me laisser couper de la joie par des mots ou des situations qui m’auraient heurtées par le passé. Tout ça je le savais déjà, mon esprit et mon intellect l’avaient déjà lu et entendu … mais là, le corps et le coeur s’unifiaient pour me le faire vivre pleinement.

En rentrant, j’ai eu le besoin de lire énormément, j’avais besoin de me reconnecter à la beauté du monde. A travers François Cheng ou Anne Ancelin Shützenberger, ces anciens qui ont toute leur tête et qui ont, en plus, la sagesse et l’expérience de la vie et des relations humaines. Ces lectures, couplées à ce voyage m’ont dirigé vers quelque chose de rafraîchissant dans mes relations, quelque chose que j’ai envie de garder longtemps, très longtemps : Une qualité de présence … à soi et à l’autre.