Lorsque les adultes parlent de stress, ils utilisent souvent ce terme pour évoquer les tensions, la pression et le surmenage vécu face à des situations qui se répètent.

En amont du stress, il y a les émotions … et les sentiments.

Si les adultes disposent d’une certaine liberté de choix et d’action pour faire face à leurs émotions, il n’en est pas de même pour les enfants qui sont limités par, justement, leur statut d’enfant, leur immaturité, leur embarras, la honte, ou l’incapacité à trier ou à réaliser ce qui leur arrive.

Les enfants ont une sensibilité exacerbée, ils sont en pleine construction physique et psychique et n’ont pas toujours à leur disposition les ressources pour faire face aux émotions qui les assaillent, aux problèmes qui surviennent dans leur vie ou aux questions qu’ils se posent.

Regardons le cheminement « Emotions -> Sentiments -> Stress »

On conçoit facilement qu’un enfant vive une émotion quand :

  • Il a eu une mauvaise note à l’école
  • Il a envoyé 3 fois le ballon chez le voisin et qu’il s’est fait gronder
  • Sa petite sœur a cassé son jouet
  • Papa et maman se disputent devant lui
  • Son (ou sa) meilleur(e) ami(e) s’est fâché(e) avec lui
  • Il a vu une bagarre à l’école
  • Un de ses camarades s’est moqué de lui parce-qu’il est différent
  • La maîtresse (ou l’entraîneur) a crié sur lui
  • Il doit jouer du piano devant un groupe d’adultes
  • Il a à réciter une poésie devant la classe

Dans ces cas là, il exprime une émotion pour se protéger face à une situation d’urgence. Une émotion est également le signe que la situation va à l’encontre d’un de ces besoins.

L’émotion est un acte inconscient et automatique qui naît dans le système limbique (thalamus, amygdale, hyppocampe et hypothalamus). Les informations passent par le Système Nerveux Autonome (SNA) qui répercute ces signaux d’alerte par certaines manifestations physiques (augmentation de la fréquence cardiaque, de la pression artérielle, de la sudation, du tonus musculaire …).

Le type et la durée des réactions physiques sont fonction de l’émotion vécue et de son intensité.

Les 6 émotions de base énoncées par Paul Eckman sont la joie, la tristesse, la colère, la peur, la surprise et le dégoût (avec toutes leurs sous-émotions qui les accompagnent).

Lorsque l’émotion s’apaise (la notion de danger de la situation a disparu et/ou le besoin mis en cause est assumé), le corps retrouve son état initial.

Lorsque l’émotion s’installe et qu’elle est associée à des pensées, on parle alors de sentiments. Quel genre de pensées peut ancrer une émotion ?

  • Les pensées envers l’autre : « L’autre est nul, il n’avait pas à me parler comme ça », « je vais me venger », « cet idiot va me le payer », « plus jamais je jouerai ave lui (elle) » …
  • Les pensées envers lui-même : « je suis nul », « je ne mérite pas d’être son ami(e) », « je n’y arriverai jamais », « si papa et maman se disputent c’est à cause de moi » …
  • Les pensées qui sont des interprétations :  » je suis exclu « ,  » il m’a exploité « ,  » je me sens abandonné  » …
  • Les pensées envers le monde qui l’entoure : « Les adultes ne comprennent rien », « c’est trop dur de vivre dans ce monde » …

Lorsque les situations qui font vivre des émotions négatives à l’enfant se répètent, on parle alors de stress. Et il revêt l’expression que nous lui connaissons : une adaptation physiologique et psychologique à une situation. Et cette adaptation de l’organisme demande un surcroit d’énergie, à chaque fois.

On trouve les causes du stress chez l’enfant à différents niveaux : Physique, émotionnel, mental, et environnemental. Voici quelques exemples :

  • Le stress physique : manque ou excès d’exercices physiques, traumatismes liés aux blessures ou accidents …
  • Le stress émotionnel : peurs, phobies, angoisse, soucis, surmenage, traumatismes émotionnels …
  • Le stress mental : sur-stimulation (on demande beaucoup à l’enfant, il enchaîne les activités les unes après les autres, les parents attendent de lui qu’il soit performant à l’école, au sport, dans les activités artistiques …), sous-stimulation (l’enfant s’ennuie et ne pratique pas assez d’activités) …
  • Le stress environnemental : exposition aux bruits et à la pollution, les excitants, les mauvaise habitudes alimentaires, les excès d’exposition aux écrans (ordinateurs, tablettes, jeux vidéo) …

Bien sûr, l’école, dans laquelle il passe une grande partie de son temps, cristallise tous ces facteurs : Pression des notes (par les parents ou la maîtresse ou lui-même), horaires surchargés, violence dans la cours de récré, insultes, moqueries …

Une autre typologie est apparue depuis peu, suite à une enquête de l’UNICEF réalisée en mai 2014, auprès de 11 234 enfants représentatifs des diversités sociales et familiales.Axyhom - Stress et enfants

Ce rapport met en avant certains facteurs comme la privation matérielle (ordinateur, activités …), vivre dans un quartier insécurisant, vivre en famille monoparentale ou recomposée, et évoluer dans un contexte scolaire difficile. Ces conditions de vie semblent générer plus de souffrance psychologique chez les enfants. Et cette détresse se manifeste par des sentiments de tristesse ou de cafard (4 enfants sur 10), des phases d’apathie (1/4) et un manque de confiance en eux (3/10). Au final, ce sont 36.5% des enfants qui sont considérés en souffrance psychologique.

Pour terminer sur les éléments favorisant le stress, il y a les traits de caractères et les différents troubles de l’enfant qui amplifient certaines perceptions.

  • Un enfant perfectionniste avec des pensées telles que « je dois faire tout parfaitement sinon ça ne vaut pas la peine », « ce n’est pas tolérable d’être aussi cool que mon frère », « Je dois être capable de tout réussir à la perfection », « il n’y a pas de raison pour que je reste 3è alors que j’étais 1er l’an dernier » … a plus de probabilités de vivre du stress et de difficultés d’y faire face qu’un enfant qui est plus souple et qui met la barre moins haute dans son quotidien.
  • Il y a également les enfants dits « précoces » dont l’hypersensibilité leur fait vivre des émotions exacerbées ainsi qu’une peur de l’incertitude.
  • Les enfants « dys » (dyslexiques, dysorthographiques …) qui font face à des difficultés d’apprentissage et au fait de se sentir responsables de ce qui leur arrive (et de se trouver « nuls »).
  • Les enfants sujets aux Troubles de Déficit d’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) qui, eux aussi, ont du mal à gérer leurs émotions et qui développent souvent une faible estime d’eux-mêmes suite aux nombreuses réprimandes des parents et/ou des éducateurs.

Les conséquences d’un stress non maîtrisé

De nombreuses études et recherches médicales montrent les dangers du stress sur l’équilibre psychologique et physique de l’enfant. On retrouve ces conséquences aux niveaux physique, émotionnel et comportemental.

Physiques :

  • Tics
  • Bégaiement
  • Crise d’asthme
  • Insomnies
  • Agitation
  • Maux de tête, de ventre …Méditation axyhom

Emotionnelles :

  • Dépression
  • Anxiété
  • Epuisement mental
  • Manque d’estime de soi
  • Anxiété
  • Irritabilité
  • Accablement …

Comportementales :

  • Inhibition
  • Agressivité
  • Opposition aux parents et autres figures d’autorité
  • Diminution de l’attention, de la concentration, de la mémorisation
  • Alimentation : grignotage incessant, perte d’appétit
  • Manque d’enthousiasme
  • Auto-dévalorisation

 Faire face

Comme chez les adultes, le stress de l’enfant est lié à la perception qu’il a de la situation … et de ses capacités à y faire face (notion de contrôle ou d’impuissance).

Avant de vous donner quelques pistes pour aider vos enfants à faire face au stress, nous aborderons, dans le prochain article, le stress des parents face à celui des enfants.

D’ici là, vous pouvez vous questionner et noter : Dans quelles situations mon enfant est-il stressé ? Qu’est-ce qu’il vit comme émotions ? Qu’est-ce qu’il se dit sur lui ? Comment se comporte-t-il dans ces cas-là ?